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Mercredi 10 juin 2009 : Philippe Folliot, député du Tarn, rencontre le Dalaï Lama à Paris
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Discours de soution prononcé par M. Badinter au Palais Omnisport de Bercy le dimanche 7 juin 2009. C'est un rare privilège de présenter le Dalaï Lama en de telles circonstances et à une telle assemblée.
Souvent je me suis interrogé : Pourquoi parmi les personnalités si diverses que j'ai eu l'occasion de rencontrer, le Dalaï Lama est-il marqué du sceau de l'exception ? Sans doute, son savoir est considérable et recouvre des domaines multiples de la connaissance, philosophique, politique, scientifique, écologique. Mais d'autres détiennent aussi ces clefs du monde. Sans doute, son expérience de la vie et des épreuves traversées au cours d'une existence déjà longue ajoute à son enseignement la densité de la sagesse. Mais d'autres personnalités détiennent aussi cette vertu.
-En vérité, ce qui fait aujourd'hui du Dalaï Lama un être d'exception, c'est le message dont il est porteur, qu'il a toujours enseigné et incarné : un message d'humanité et de spiritualité dans un monde marqué par le matérialisme quand ce n'est pas la cupidité, et la cruauté quand ce n'est pas la barbarie.
D'abord l'humanité : Le Dalaï Lama en a fait son horizon tout au long d'une vie qui depuis un demi-siècle est faite d'exil et d'errance, loin de son peuple et de sa terre natale. Parce qu'à l'orée de sa vie, le Dalaï Lama a vu son pays envahi et écrasé par une puissance militaire étrangère, le Dalaï Lama est devenu bien au-delà de sa propre cause un messager de la paix universelle, cette condition première du bonheur des peuples.
L'humanité, pour le Dalaï Lama, elle s'exprime dans le respect constant de la dignité et des droits de l'Autre, de notre frère humain. Pour lui, les droits de l'homme sont la charte politique de l'humanité. Ils sont les droits de tous les êtres humains, partout dans ce monde. Ces droits précieux et fragiles, ils ne se conçoivent qu'universels et indivisibles. Car que seraient les droits de l'homme s'ils n'appartenaient qu'aux sociétés riches et développées alors que des milliards d'êtres humains vivent dans la misère, la maladie et l'ignorance ?
Le message du Dalaï Lama est ainsi proclamation de notre solidarité avec tous les êtres humains, face aux épreuves que le destin réserve à chacun de nous. Car où l'être humain accablé trouvera-t-il refuge ou secours sinon dans la solidarité de ses frères ?
Enfin l'humanité, pour le Dalaï Lama, ne survivra que sur une terre protégée contre sa destruction progressive en assurant la sauvegarde de l'environnement, ce patrimoine commun de tous les êtres vivants.Ce message d'humanité qui inspire l'enseignement et la vie du Dalaï Lama, il ne prend toute sa dimension que par sa spiritualité. Face à la violence dans ce monde, le Dalaï Lama a toujours opposé les seules forces qui vaillent, celle de l'esprit et de la justice.
Si le Dalaï Lama, chef d'un état occupé, meurtri, opprimé, a maintenu haut et fort les droits du peuple tibétain, c'est parce qu'il a choisi de faire de la non violence une arme spirituelle à nulle autre pareille. Oui, le Dalaï Lama croit, comme nous, qu'une cause juste doit pour l'emporter, faire appel inlassablement à la conscience humaine face à la violence mortelle. A cet égard, le Dalaï Lama s'inscrit dans la droite ligne de Gandhi.
Les Chinois exaspérés par sa force tranquille, peuvent le dénoncer comme un " loup caché sous sa robe de moine ". C'est d'ailleurs ce terme de " simple moine " qu'utilisait le Dalaï Lama lui-même pour se qualifier, au moment solennel où il recevait à Oslo le prix Nobel de la Paix. Mais si nous voyons la robe du moine, nous ne distinguons pas les traits du Loup. Et à dire vrai, les dirigeants chinois nous paraissent peu qualifiés pour jouer le rôle du petit " Chaperon rouge ".
La vérité est plus simple : le Dalaï Lama est homme de paix. Il sait que la résistance spirituelle d'un peuple opprimé, à travers le temps et les épreuves, finit toujours par l'emporter. Le Dalaï Lama croit à la force du Droit. Et parce que la cause des Tibétains est juste, il sait qu'elle triomphera de ses oppresseurs. Car que demande le Dalaï Lama ? non pas, comme affirme la propagande chinoise, la proclamation d'un Etat tibétain souverain, reconnu comme tel par la communauté internationale. (Pour ma part, je l'avoue, je n'y verrai pas d'inconvénient).
Le Dalaï Lama, lui, conscient des réalités internationales et des rapports de force, ne réclame que le statut d'autonomie pour le Tibet, la sauvegarde de son identité culturelle, si importante dans le concert des civilisations, et le respect des droits fondamentaux des Tibétains. Mettre un terme à un régime d'oppression et à un génocide culturel, instaurer un régime d'auto gouvernement et amener l'Etat de droit au Tibet, il n'y a rien là qui menace l'intégrité territoriale de la république chinoise ni sa souveraineté internationale. Aussi nous continuerons inlassablement à soutenir, par les voies du droit et la force spirituelle de la justice tous ensemble, sans violence ni provocation, mais avec résolution et constance, la juste cause des Tibétains. C'est pourquoi je vous remercie d'être venus si nombreux aujourd'hui écouter le " simple moine bouddhiste " de passage chez nous, notre ami Le Dalaï Lama.
Robert Badinter.
Retour en haut de pageRencontre avec José Bové, député européen, et Mme Kalshang Dolma Rangeard.
Mardi 9 juin 2009 : le Dalaï Lama rencontre des Parlementaires à Paris
(compte-rendu fourni par M. Folliot)À titre liminaire, le Dalaï Lama a rappelé les principes quil a souhaité promouvoir au cours de son voyage en Europe :
les valeurs humaines et la compassion ;
lharmonie entre les religions.
Il a ajouté quen tant que libre porte-parole des tibétains, il se devait dapporter un éclairage sur la situation actuelle au Tibet et de porter les espoirs de son peuple auprès de toute la classe politique étrangère. A cet égard, il sest montré très pessimiste: il ny aurait, selon le Dalaï Lama, « que des mauvaises nouvelles ». Il a abordé dans le détail les points suivants :
La menace sur léquilibre environnemental au Tibet
La Chine, confrontée à un défi énergétique sans précédent, a entrepris la construction de barrages au Tibet, ce qui entraîne non seulement une destruction brutale de léquilibre écologique du plateau tibétain, mais également des déplacements massifs de population ainsi que la sédentarisation forcée des nomades qui voient leur mode de vie bouleversé. Le Dalaï Lama a attiré lattention des parlementaires sur la sévérité des dommages environnementaux à prévoir dans les prochaines années.
La lumière sur les évènements de mars 2008
Le Dalaï Lama a tenu à apporter quelques précisions sur le déroulement des évènements de 2008. Les manifestations contre lincarcération de moines bouddhistes ont commencé le 10 mars et se sont poursuivies sans heurt jusquau 13 mars. Ce nest que le 14 au matin que des personnes apparemment tibétaines se sont attaquées à des boutiques chinoises, sans que les forces de lordre interviennent. Or la scène a été filmée et
retransmise par les médias chinois. De nombreux témoignages concordants établiraient que ce groupe de tibétain aurait été amené à Lhassa en camion par les Chinois eux-mêmes.
Le Dalaï Lama a rappelé que ce genre de procédé avait déjà été utilisé en 1987.
Les discussions entre autorités tibétaines et chinoises
Le Dalaï Lama a ensuite fait état de lavancée des discussions entre autorités tibétaines et chinoises.
Avant les évènements de mars 2008, « démonstration historique de la colère de 6 millions de tibétains contre trois générations de répression », six réunions ont eu lieu entre Tibétains et Chinois. Lors de la 5ème rencontre, en février 2006, les autorités chinoises ont reconnu que le Dalaï Lama ne réclamait pas lindépendance du Tibet. Pourtant, dans un communiqué datant de mai 2006, elles ont accusé le Dalaï Lama davoir une position séparatiste.
Cette contradiction est analysée par le Dalaï Lama comme le signe dune divergence de vues au sein même du Gouvernement chinois. Lors de la 6ème rencontre, la position des Chinois fut très dure, alors même quils avaient fait preuve douverture auparavant.
Après la sévère répression du soulèvement tibétain, les autorités chinoises ont contacté les représentants du Dalaï Lama afin dorganiser une nouvelle réunion. A la différence des précédentes, cette dernière fut annoncée publiquement. Le ministre des Affaires étrangères chinois aurait contacté les services des ambassades et signifié que cette réunion devait être prise au sérieux. Pourtant, cette 7ème entrevue, qui avait créé un réel espoir chez les représentants du Gouvernement tibétain en exil, sest soldée par une « immense déception ». Les représentants du Gouvernement chinois ont nié
lexistence même dun problème tibétain. La seule question abordée fut celle de la position du Dalaï Lama. Le Mémorandum sur une autonomie réelle du peuple tibétain, rédigé en novembre 2008, qui posait les principes dune autonomie - non dune indépendance - du peuple tibétain, a été catégoriquement rejeté par les autorités chinoises.
La poursuite du dialogue : loption privilégiée par les représentants du Gouvernement tibétain en exil
Au regard de ce quil a publiquement qualifié déchec, le Dalaï Lama a déclaré aux parlementaires sêtre questionné dès 2008 sur la pertinence de son approche, dans la mesure où il nétait parvenu ni à améliorer le sort du peuple tibétain ni à gagner la confiance du Gouvernement chinois.
Cest pourquoi 600 tibétains ont été réunis à Dharamsala pendant six jours, afin de décider au terme dun débat démocratique de la méthode à adopter face à cette crise. Des voix très fortes se sont exprimées en faveur dune méthode plus radicale et de la revendication de lindépendance totale du Tibet. Pourtant, le vote final a acté la poursuite de la voie du dialogue.
Face aux autorités chinoises qui durcissent leur position, le Dalaï Lama a donc affirmé vouloir poursuivre la voie du dialogue. Accusé de séparatisme, il sest déclaré prêt à faire lobjet dune enquête afin de vérifier si les imputations chinoises sont ou non fondées.
Le Dalaï Lama a insisté sur le fait quune part croissante de la population chinoise, plus particulièrement les intellectuels, était sensible à la question du Tibet. En témoignent les nombreux articles qui paraissent dans la presse chinoise dopposition. Cest pourquoi le Dalaï Lama sefforce de multiplier les contacts ces intellectuels. À M. Patrick Bloche, demandant si ce phénomène au sein de la société chinoise laissait augurer un lutte dinfluence favorable à la cause tibétaine, le Dalaï Lama a répondu quun changement global au sein de la société chinoise aurait des répercutions positives sur la
question tibétaine. Les autorités chinoises sentent ce mouvement au sein de la société civile et craignent que la question tibétaine ne sème un chaos plus large. Ainsi sexplique le durcissement de leur position face au Tibet. Il craignent quun desserrement nait des répercutions sur le plan intérieur.
Quelle serait la position idéale des Gouvernements et Parlements occidentaux ?
A cette question posée par M. Philippe Folliot, le Dalaï Lama a répondu que face à une logique totalitaire, il était inutile de transiger. Se montrer faible serait contreproductif. Un pays comme lInde commence à le réaliser et à afficher une position plus ferme vis-à-vis de la Chine. Il faudrait, a ajouté le Dalaï Lama, que les pays occidentaux se montrent plus fermes et cohérents dans leur position sur la question tibétaine.
Le Dalaï Lama a enfin encouragé la proposition de M. Lionnel Luca dorganiser une mission parlementaire au Tibet. Des parlementaires allemands se sont rendus au Tibet en 2009. Cette initiative mériterait dêtre suivie par les parlementaires français. Si, a déclaré le Dalaï Lama, il ny a pas de « problème tibétain », comme les dirigeants chinois laffirment, « nous sommes prêts à demander pardon », mais si la situation est telle que la population tibétaine la décrit, « les Chinois doivent le reconnaître ». Un voyage au Tibet permettrait de faire la lumière sur la situation actuelle.
LES DÉPUTÉS PRÉSENTS
M. Lionnel LUCA
M. Patrick BLOCHE
M. Philippe FOLLIOT
Mme. Françoise HOSTALIER
Mme. Sandrine MAZETIER
M. Jacques REMILLER
LES SÉNATEURS PRÉSENTS
Mme. Christiane KAMMERMANN
Mme. Jacqueline PANIS.Mercredi 10 juin 2009 : Philippe Folliot, député du Tarn, rencontre le Dalaï Lama à Paris Philippe Folliot a rencontré samedi 6 juin le Dalaï Lama en visite à Paris dans le cadre restreint d'un échange avec une demi-douzaine de parlementaires.
Lors de cet échange, le Dalaï Lama est revenu sur la situation intérieure au Tibet qui est une des régions les plus fermées au monde. Selon Sa Sainteté, depuis cinquante ans, jamais la répression n'a été aussi forte et violente. Le Dalaï Lama a indiqué que selon lui, si les dires des Chinois relatifs à la situation très harmonieuse qui règnerait dans la province sont avérés, ils n'auraient qu' à ouvrir les frontières. Si elles sont fermées, c'est peut être qu'il y a quelque chose à cacher. Il a incité les parlementaires français à se rendre sur place, ce à quoi il a été répondu que l'ambassade de Chine avait systématiquement refusé les demandes de visas.
Il a par ailleurs fait part de ses inquiétudes au regard de graves atteintes à l'environnement dans le Tibet historique à cause de la recherche effrénée dans le domaine énergétique de la part des Chinois (construction de grands barrages, etc ).
En dernier lieu, le Dalaï lama a insisté sur le fait que les démocraties occidentales n'avaient aucun intérêt à transiger sur leurs principes fondateurs, notamment les droits de l'Homme, parce que plus elles seraient faibles, plus la Chine serait exigeante. Et en ce jour d'anniversaire du débarquement, il a souligné que toutes les tentations de conciliation avec l'Allemagne nazie avant la Deuxième Guerre mondiale, de Chamberlain à Daladier, ont eu le résultat que l'on sait.
Enfin, il a rappelé que toutes les autorités tibétaines qu'il a réunies il y a quelques mois ont, après de longs et vifs débats, validé la voie médiane qui est la sienne, celle de la non-violence et de l'autonomie du Tibet dans la Chine et non l'indépendance comme les autorités chinoises le laissent supposer.
Philippe Folliot a marqué son attachement à ce combat pour la liberté de ce peuple et a indiqué devant la presse qu'il lui semblait fondamental pour des parlementaires libres d'afficher leur position et leur soutien à la cause tibétaine. "La raison du plus fort n'est pas toujours la meilleure".
http://www.philippe-folliot.com//index.php?option=com_content&task=view&id=736&Itemid=130
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